Deconstructing Mimesis - " Philippe Lacoue-Labarthe"
International Symposium, January 27th and 28th, 2006
At the Finnish Institute of Paris and La Sorbonne
Organised by : LA CHUTE DANS LA VALLEE
with : Fabien Chambon, Thomas dommange, Denis Guénoun, Magali Guiet, Leonid Kharlamov,
Esa Kirkkopelto, Philippe Lacoue-Labarthe, Susanna Lindberg, Artemy Magun,
Paola Marrati, Maud Meyzaud, Jean-Luc Nancy, Jonathan Rousseau
colloque@lacoue-labarthe.cjb.net
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Lacoue-Labarthe
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Il n’est pas sûr que “Ph. Lacoue-Labarthe” déconstruise l’inéluctable détermination platonicienne de la mimesis, – il n’est pas sûr que “déconstruire” soit le meilleur mot pour la réinscription qu’il en fait dans la structure du double bind, de l’abîme, de l’Unheimlichkeit, de l’hyperbologie… Cette hésitation de Derrida 1 se lit chez Lacoue-Labarthe : « Il faudrait pratiquer quelque chose comme une (dé)construction, moins critique que positive, pour ainsi dire peu négative. Il faudrait soutenir jusqu’au bout la thèse philosophique elle-même, selon laquelle – toujours – il faut la vérité » 2 ; et encore récemment : « La déconstruction, en réalité, dissimule à grand-peine tout ce qu’elle laisse intact, c’est-à-dire l’essentiel » 3.
Il est sûr que « la déconstruction de l’esthétique était une tâche nécessaire, et probablement inévitable, que cette tâche est restée inachevée, et qu’il nous revient donc encore de l’accomplir, ou tout au moins de la poursuivre. » 4, – il est sûr qu’« il y a une urgence philosophique à laquelle il n’est pas possible de se dérober : obligation nous est faite de repenser la mimesis, d’en déconstruire toute l’interprétation » 5. Cette façon de soutenir sans aveuglement mais jusqu’au bout la thèse philosophique, “Lacoue-Labarthe” la signe comme nom d’un problème.
Entre ce qui n’est pas sûr et ce qui est sûr, se risquerait-on au titre de « déconstruction mimétique » ? Sans oublier que « déconstruire la mimesis ou son interprétation » risque toujours de ne rien faire que renverser sa détermination platonicienne, ne rien faire sinon reconduire inversement le partage impensé du propre et de l’impropre qui commande la métaphysique de l’être et de la mimesis, ne rien faire que reconduire des exclusions, sacrifices ou exterminations que comprennent inéluctablement les deux versants du même impensé.
Suivant la question de l’être d’après la « tout autre pensée de la mimesis » 6 qu’a frayée Lacoue-Labarthe, poursuivant la déconstruction de l’esthétique dont « obligation nous est faite », seront en question, diversement : Arendt, art, Büchner, Diderot, femme, figure, folie, Freud, habitation, hantise, Heidegger, histoire, Hölderlin, hystérie, métaphysique, mime, monde, mort, musique, Nietzsche, paradoxe, politique, proche, propre, révolution, sacrifice, sujet, théâtre, tragique, victime…
1 Derrida, "Désistance" (1989).2 Ph. L.-L., "Typographie" (1975).3 Id., Poétique de l'histoire (2002).4 Id., Musica ficta (1991).5 Id., "Où en étions nous ?" (1985).6 Derrida, ibid.
Vendredi 27 janvier (à l'Institut Finlandais) Matinée Après-midi
Samedi 28 janvier Matinée (à la Sorbonne) Après-midi (à l'Institut Finlandais)
Lieux Institut Finlandais de Paris | Sorbonne | Grande salle
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Nietzsche illisible victime
Fabien Chambon
| Comment lire Nietzsche « lui-même » ? La difficulté de la lecture, ou de « l’illisibilité » de Nietzsche, se pose avec Philippe Lacoue-Labarthe notamment dans « L’Oblitération » (l’effacement des noms). Heidegger, que Ph. Lacoue-Labarthe crédite du seul « Nietzsche », est incontournable. Tout en accordant tout à Heidegger, Lacoue-Labarthe déplace l’accent de la problématique de l’aletheia vers une logique de la mimesis. Un tel déplacement a l’avantage de pointer le « sujet de la philosophie ». Pour Heidegger, Nietzsche résume le point culminant de la métaphysique, en tant qu’il est sa « dernière victime » (Platon inversé). Pour Lacoue-Labarthe, et bien que la question du Sujet soit plus précisément posée dans la modernité avec l’assomption du romantisme, Platon et Nietzsche, en un sens, se rejoignent sur la question de la mimesis – celle du retrait de l’auteur. Comment lire une thèse sur l’être, quand l’auteur – « Nietzsche » – en tant que sujet propre, s’absente ou « s’opère vivant de la philosophie » ?
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La scène est-elle primitive?
Denis Guénoun |
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Scènes de la représentation du mime
Magali Guiet
| La scène du fou, du roi, du juif, d’Œdipe, du courtisan, du comédien, de la femme... est jouée chaque fois que sont dénoncés l’hystérie, la comédie, le faux-semblant, le futile, l’artifice –tout le théâtre du monde ; et qu’est annoncée la valeur opposée. Inéluctables scènes du philosophe et du mimos. La question politique se joue essentiellement dans le refus de la mimesis, dans l’élection et l’expulsion corrélatives de ses représentants. Mais – parodie ou non – au nom de quoi refuser ? Qui refuse qui, ou quoi ? Mimesis de la mimesis, son représentant est a priori victime de l’identification de la (sans-)figure à mille visages, confuse et paradoxalement inidentifiable : « la victime est toujours un mimos » (Ph. L.-L.) Mais l’essentiel de la question ne se joue pas moins inéluctablement dans la valeur de la mimesis. Il faut justement faire avec notre hantise de l’abysse de la mimesis, notre mépris et notre attrait pour le faiseur de paradoxe, pour le pseudo-sujet en général, mais sans la valeur (double-bind) : « Obligation nous est faite de penser ou de repenser la mimesis (ou, si tu préfères, d’un mot que je ne crois pas le moins du monde “usé”, d’en déconstruire toute l’interprétation), notre tâche est de nous en prendre au semblant de monde qu’on nous a légué et qu’on nous fait » (idem).
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Le propre
(n')est (pas) le proche
L'étrange économie de Heidegger
Leonid Kharlamov
| La déconstruction de la métaphysique du propre et de l’essence ouvre la question d’une proximité étrange et inquiétante, marquée d’Unheimlichkeit. Elle dévoile cette même ambivalence monstrueuse que Freud aura soulignée quelques années avant Heidegger, celle d’un propre qui est en même temps ce qu’il y a de plus étranger. Il reste ici encore et toujours à « reconnaître qu’il est arrivé, et ne cesse d’arriver, quelque chose qui contraint à la dessaisie » (La fiction du politique). À partir de la discussion de Lacoue-Labarthe et Derrida autour des « Fins de l’homme », il s’agira d’explorer les enjeux de la déconstruction heideggérienne du propre entre son « hyperbologique » hölderlinienne et ses effets spectaculaires de réappropriation.
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Comparatifs de Hölderlin
Esa Kirkkopelto
| La lecture proposée revient aux Remarques sur Antigone – où Hölderlin articule le plus explicitement son idée de « tournant natal » (vaterländische Umkehr) – et se demande comment le tournant que Hölderlin cherche manifestement à prendre simultanément, s’inscrit dans son propre discours. L’attention se porte donc particulièrement sur les comparatifs qui foisonnent de façon caractéristique dans l’écriture du poète. Comme Lacoue-Labarthe l’a remarqué dans le même contexte, « la mania méta-physique » d’Antigone consiste dans la « comparaison » (avec les divinités). Mais la même « hyperbologique » revoit également le jour sous la forme d’une logique comparative qui ne cesse de déjouer les oppositions spéculativement relevables d’une part, et qui d’autre part, établit entre les époques, les expériences et les choses, une continuité relative, au-delà de tout « relativisme ». Cette dialectique finie, suivant laquelle se déterminent historialement les relations entre les formes de la représentation, entre la langue et le corps, trouve sa loi dans sa propre dynamique et l’exprime sous forme de superlatifs (« Le plus Haut » de Pindare). S’articule en eux la souveraineté de cette « médiateté rigoureuse » qui règne dans toutes ces relations.
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Heidegger sans musique
Susanna Lindberg
| Au chapitre « Heidegger » de Musica ficta, Ph. Lacoue-Labarthe demande pourquoi Heidegger, qui semble pourtant donner un poids énorme à l’« art », est si sourd à la musique. Il faudra dans un premier temps approfondir la remarque de Lacoue-Labarthe selon laquelle la musique serait peut-être impensable hors de l’affection : l’affectivité (Stimmungen, etc.) examinée dans Être et temps se définit en effet contre toute possibilité d’une affection musicale. Il s’agira de montrer dans un deuxième temps comment la pensée de la donation de l’être, dont Lacoue-Labarthe a exprimé le caractère rythmique, voire proto-musical, rejette en sous-main une conception plus ancienne de la musique comme « harmonie des sphères ». La tendance heideggérienne à interrompre le son fermerait-elle définitivement sa pensée à la musique ?
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Révolution et mimesis
Artemy Magun
| Une lecture lacoue-labarthienne de l’Essai sur la révolution de Hannah Arendt. Dans ce livre, l’échec des révolutionnaires français est expliqué par leur participation au cercle « illimité » de la pitié et de la violence. Arendt montre dans le même temps un complexe anti-mimétique chez les Jacobins. L’ambivalence vis-à-vis de la mimesis réunit ainsi Arendt et ces personnages. Mais elle essaie en revanche de montrer comment les révolutionnaires américains ont échappé à l’ambivalence mimétique, à cause de, ou grâce à leur tradition de vie sociale. Mais tout à coup, dans la partie poétique, non-thématique de son texte, elle mentionne brusquement la peur réciproque des premiers colons américains, qui est au fondement de leur sociabilité salutaire. Ainsi, l’argument d’Arendt ne tiendrait pas, mais ce faisant, elle reconstruit bien la structure tragique de l’événement historique, où se réunissent étroitement « mimesis » et « tournant temporel ».
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(Sans titre) Paola Marrati |
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Langue révolutionnaire
Maud Meyzaud
| La citation est le principe formel de l’écriture büchnérienne. C’est suivant cette idée que Helmut Müller-Sievers relit dans La mort de Danton le « vive le roi » de Lucile, décisif à la fois pour la lecture que Celan fait de Büchner – pour la manière dont Le Méridien détermine la poésie par rapport à l’art – et pour celle de Ph. Lacoue-Labarthe dans La poésie comme expérience. Le cri de Lucile est « citation de citation » : d’après ses lectures sur la période révolutionnaire, Büchner emprunte la formule qui décida des femmes à rejoindre ceux qu’elles aimaient dans la mort (communauté des amants). Le plus propre de l’existence, la possibilité de la mort, doit ainsi en passer par la dépropriation redoublée du contenu de cette formule (royaliste). Dans cet « événement de la poésie », on est à première vue très loin de la « langue neuve » (neue Sprache) ou de la « poésie » (Poesie) qui devait accompagner, pour Marx, l’advenue des révolutions prolétariennes du xixe s. Mais peut-être en est-on hyperbologiquement au plus près, puisque c’est par un processus mimétique d’appropriation puis de désappropriation (d’oubli) que doit être rendue possible la « production » libre dans la langue révolutionnaire (« produzieren », Derrida le rappelle, est le verbe de Marx pour dire ce que le sujet parlant fera dans ou avec cette langue).
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Écrit après : La mort du sacrifice
Jonathan Rousseau
| Lorsque celle-ci est récapitulée dans La fiction du politique, quatre noms de massacres disparaissent de « la liste de dix modèles historiques de l’extermination » : à la différence des juifs qui ne menaçaient pas l’Allemagne, « les Méliens menaçaient la Confédération athénienne, les hérétiques la Chrétienté, les Protestants l’État de droit divin, les Girondins la Révolution ou les koulaks l’établissement du socialisme ». Mais qu’en est-il des quatre noms disparus ? « La destruction de Carthage », la « Traite des noirs et les massacres coloniaux », et « l’ethnocide américain » ont-ils disparu par souci d’abréviation, ou ont-ils été oubliés ? On ne sortira pas de cet embarras en sachant si – à la différence des juifs – les carthaginois, les noirs et les colonisés, et les indiens disparus représentaient eux aussi une menace. La question est plutôt celle de la représentation et de la réalité de la menace. À la croisée de « Typographie » et de La fiction du politique, cette question est reposée sans oublier cette disparition, pour essayer de suivre la pensée de la victime et du sacrifice qui commande la différence symbolique de l’extermination des juifs d’Europe par le nazisme, laquelle aura conduit Ph. Lacoue-Labarthe à « l’aveu d’un pur et simple embarras – que je laisse donc tel ». |
A propos de Philippe Lacoue-Labarthe
Livres Le titre de la lettre (avec Jean-Luc Nancy), Paris, Galilée, 1973 L'absolu littéraire (avec JLN et la collaboration d'Anne-Marie Lang), P., Seuil, 1978 Portrait de l'artiste, en général, P., Bourgois, 1979 Le sujet de la philosophie - Typographies I, P., Aubier-Flammarion, 1979 Retrait de l’artiste en deux personnes, Lyon, Arte Facts, 1985 L'imitation des modernes - Typographies II, P., Galilée, 1986 La fiction du politique, P., Bourgois, coll. Détroits, 1987 Sit venia verbo (avec Michel Deutsch), P., Bourgois, 1988 Musica ficta, figures de Wagner, P., Bourgois, coll. Détroits, 1991 Le mythe nazi (avec JLN), La Tour d'Aigues, L'Aube, 1991 Pasolini, une improvisation : d’une sainteté, Bordeaux, William Blake & Co, 1995 La poésie comme expérience, P., Bourgois, coll. Détroits, 1997 Métaphrasis suivi de Le théâtre de Hölderlin, P., PUF, 1998 Phrase, P., Bourgois, coll. Détroits, 2000 Poétique de l'histoire, P., Galilée, 2000 Heidegger : La politique du poème, P., Galilée, 2004 | Lacoue-Labarthe à la BNF Consulter le catalogue
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